Changer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Bouger ). XII e siècle. Du bas latin cambiaire, « troquer, é », d'origine celtique.

I. V. tr.
1. Céder, troquer une chose contre une autre. Ésaü changea son droit d'aînesse contre un plat de lentilles. Prov. Changer son cheval borgne contre un aveugle, voir . Spécialt. Convertir des billets de banque en coupures ou en pièces de moindre valeur ; faire l'opération inverse. Changer un billet. Convertir une certaine somme en son équivalent de monnaie étrangère. Avant de partir, j'ai changé mille francs en florins.
2. Remplacer une chose par une autre de même nature. Il faudra ces rideaux. Changer les draps d'un lit. Changer le linge, les vêtements d'un malade et, par méton., fam., un malade. Pron. Fam. Elle est allée se , ses vêtements.
3. Rendre une personne ou une chose différente de ce qu'elle était. Cette maladie l'a beaucoup changé. Changer l'ordre, la disposition de ses affaires. Changer sa manière de vivre. Cela ne change en rien mes résolutions. Rien ne peut les lois de la nature. La face du monde en sera-t-elle changée ? Loc. Changer en, transformer, convertir. La femme de Loth fut changée en statue de sel. Aux noces de Cana, Jésus changea l'eau en vin. Certains alchimistes cherchaient à les métaux vils en or. Pron. Litt. Se transformer. La victoire se a-t-elle en défaite ? On a vu sa passion se en haine.
4. Mettre en un autre lieu de même nature, transférer, déplacer. Vous avez changé la table de place. Changer un prisonnier de cellule. Expr. fig. et fam. Changer son fusil d'épaule, adopter une autre tactique .

II. V. intr.
1. Devenir autre, différent. Le temps va . Cet enfant change à son avantage. Son visage a beaucoup changé. Changer en bien, en mal. Changer à vue d'œil, très rapidement. Vos sentiments ont bien changé.
2. Quitter une personne pour une autre ; remplacer une chose par une autre de même nature. Changer de maître. Changer de fournisseur. Changer de vêtement. Changer de voiture. Changer de domicile. Changer de place. Changer de travail. Changer de route. Changer d'air, quitter la ville pour aller à la campagne, à la mer, à la montagne. Changer de nationalité. Changer de vie, de conduite. Changer de nature, d'état, de forme. Changer de langage, de ton. Changer d'avis. Expr. fam. Il change d'avis comme de chemise, il passe facilement d'une opinion à une autre. Par anal. Cette étoffe change de couleur. Ce commerce a changé de mains, de propriétaire. Le rôle d'Andromaque a changé de titulaire. Fig. et fam. Il aimerait bien de peau. Loc. et expr. Changer de main, traverser diagonalement le terrain pour longer la piste en sens inverse. Changer de pied, galoper sur l'autre pied.

Changer de batterie et, transt
et fig., ses batteries, voir .


. Changer de vitesse, utiliser un dispositif de changement de vitesse.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Céder une chose contre une autre. "Il a changé ses tableaux contre des meubles." Absolument, "Je ne veux pas avec lui."
Prov. et fig., "Changer son cheval borgne contre un aveugle." Voyez AVEUGLE.
Il signifie particulièrement Convertir des pièces de monnaie en une somme égale de pièces ou de billets de valeur différente. "Changer un billet de cinq cents francs."
Il signifie aussi Remplacer une personne ou une chose par une autre ou Rendre une personne ou une chose différente de ce qu'elle était. "Changer de domestiques. Changer son personnel. Ne nous changez pas notre vin. Il faudra cet ameublement. Il a changé son bien de nature. Changer sa manière de vivre. On a changé l'ordre. Il a changé toute sa maison. Cet événement allait la face des affaires. Rien ne peut les lois de la nature. Cela ne change rien à mes résolutions."
Prov., "Il faut qu'il ait été changé en nourrice," se dit d'un Enfant qui ne ressemble point à ses parents pour les traits, pour le caractère.
CHANGER EN signifie Convertir une chose en une autre et se dit tant au propre qu'au figuré. "Dans le sacrement de l'Eucharistie, le pain est changé au corps de Notre-Seigneur. Aux noces de Cana," JÉSUS-CHRIST "changea l'eau en vin. La femme de Loth fut changée en une statue de sel. Daphné fut changée en laurier. Il se vantait de pouvoir toutes sortes de métaux en or. L'eau se change en glace par l'action du froid. Mes soupçons se changèrent en certitude."
CHANGER DE signifie, tant au propre qu'au figuré, Quitter une chose pour une autre. "Changer d'habit, de chemise, de linge. Changer d'appartement, de place, d'air, de pays. Changer de maître. Changer de nature. Changer d'état. Changer de forme. Vous avez changé de couleur. Cette étoffe change de couleur. À cette menace, il a changé de visage. Changer de vie, de conduite. Changer de religion. Changer de parti. Changer de résolution, d'avis. Changer de ton, de langage."
Absolument, en parlant des vêtements ou du linge qu'on remplace par d'autres. "Je suis rentré chez moi pour ." On dit, par interversion de complément, "Changer quelqu'un," Changer le linge qu'il a sur lui. "Ce malade a assez transpiré, il est temps de le changer. Il faut cet enfant."
En termes de Manège, "Changer de main," Porter la tête du cheval d'une main à l'autre pour le faire aller à droite ou à gauche.
Fig. et fam., "Changer de batterie, ses batteries." Voyez BATTERIE.
Fig. et fam., "Changer de note," Changer de façon d'agir ou de parler.
Il s'emploie souvent aussi intransitivement et signifie Devenir autre. "Rien n'est stable en ce monde, tout change. Le temps va . Il dégèlera si le vent change. Son visage a bien changé." Fig., "Vos sentiments ont bien changé, sont bien changés. Comme tout est changé! Changer en bien. Changer en mal. S'il est honnête homme, il a bien changé. Ce jeune homme est changé à son avantage."
"Changer du tout au tout," Changer entièrement.
"Cet homme est changé, bien changé, changé à ne pas le reconnaître," Il a le visage bien changé, soit par l'âge, soit par la maladie; ou, figurément, Il a changé entièrement de moeurs et de conduite. Dans le premier sens on dit aussi "Il change à vue d'oeil."
Il se dit encore de l'Inconstance dans les projets, les goûts, les affections. "C'est un homme qui change aisément, on ne peut se fier à lui. Aimer à . Un amant jure de ne jamais ."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Céder une chose pour une autre, prendre en échange. Changer son habit pour celui d'un autre. Changer du vin contre de l'huile.
MONTESQ.: « Il y a des maladies qui viennent de ce qu'on change un bon air contre un mauvais »
    Fig. Changer son cheval borgne contre un aveugle, une mauvaise chose pour une pire.

 2   Donner un billet, une pièce, pour avoir de la monnaie. Je n'ai qu'un billet, que de l'or ; il faut que je le change pour vous payer. Changer une pièce de cinq francs en petites pièces, en sous.
    Absolument. Il faut que je change, j'ai besoin de petite monnaie.

 3   Remplacer un objet par un autre, prendre un autre, quitter pour un autre ; placer ailleurs. Changer le certain pour l'incertain. Dans sa vieillesse il changea certaines choses à sa doctrine. Il changea sa résidence. L'os est changé de place. Il faut les aiguilles de main.

 4   Modifier une personne, une chose, la rendre différente de ce qu'elle était. Changer ses habitudes. Il n'y a rien à à cette disposition. Cela change bien les affaires.
CORN.: « Mais nous pouvons un destin si funeste »
ID.: « Puisqu'il change mon coeur, il veut l'État »
BOSSUET: « Alexandre allait à Jérusalem, résolu de se venger ; mais il fut changé à la vue du souverain pontife qui vint au-devant de lui avec les sacrificateurs »
BRÉBEUF: « Vois ces sphères de feu, ces globes de lumière, Rien n'interrompt leur course ou change leur carrière »
VOIT.: « La résolution qu'avait prise M. le cardinal d'aller sur le Rhône a été changée sur ce qu'il vit avant-hier un bateau chargé de soldats qui courut très grand hasard de se perdre »
RAC.: « Un moment a changé ce courage inflexible »
VOLT.: « Mais croyez qu'en mourant mon coeur n'est point changé »
BOSSUET: « Il agit secrètement dans les coeurs par son Saint-Esprit, il les change, il les renouvelle »
BOSSUET: « Un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour le monde »
PONS: « Tienne qui voudra pour sentence Que les honneurs changent les moeurs ; Je crois pour moi que les honneurs Mettent les moeurs en évidence »

 5   Convertir en. Circé changea en bêtes les compagnons d'Ulysse. Changer le reproche en éloge, la discussion en dispute.
CORN.: « .... Et vous allez au temple Y l'allégresse en un deuil sans pareil »
LA FONT.: « Une condition meilleure Change en des noces ces transports »
FÉN.: « L'intempérance des hommes change en poisons mortels les aliments destinés à conserver leur vie »
RAC.: « Qui a mes yeux en deux sources de larmes Pour pleurer ton malheur ? »
RAC.: « L'audace d'une femme arrêtant ce concours En des jours ténébreux a changé ces beaux jours »
MASS.: « L'adulation change en source de vices des penchants qui étaient en eux [les grands] des espérances de vertu »
    Changer à est dans cette phrase consacrée : Dans le sacrement de l'eucharistie le pain est changé au corps de Notre-Seigneur. Cette tournure se trouve aussi dans la poésie et dans la prose élevée.
RÉGNIER: « Et qu'il ait, sans espoir d'être mieux à la cour, à son long balandran changé son manteau court »
LA FONT.: « Cependant l'humble toit devient temple, et ses murs Changent leur frêle enduit aux marbres les plus durs »
RAC.: « Peut-être avant la nuit, l'heureuse Bérénice Change le nom de reine au nom d'impératrice »
MOL.: « Et des rois les plus grands m'offrît-on le pouvoir, Je n'y ais pas le bien de vous avoir »
V. HUGO: « Je ais mon sort au sort d'un braconnier Bossuet, dans la même phrase, après avoir employé en, a employé à : »
BOSSUET: « Leur félicité [des anges] fut changée en la triste consolation de se faire des compagnons dans leur misère, et leurs bienheureux exercices au misérable emploi de tenter les hommes »

 6   Changez ce malade, cet enfant, changez les draps, la chemise, les vêtements de ce malade, de cet enfant.

 7   Terme de manége. Changer un cheval, tourner ou porter sa tête d'une main à l'autre.

 8   Terme de marine. Changer la barre du gouvernail, la faire passer de tribord à bâbord, et réciproquement.

 9   V. n. Avec la préposition de, au propre et au figuré, quitter une chose pour une autre. Changez d'habits avec moi. Il changea de ton, de résolution.
CORN.: « Est-il donc vrai, madame ? et changeons-nous de sort ? »
CORN.: « On peut d'amant, mais non d'époux »
CORN.: « On change avec le temps d'âme, d'yeux et de coeur »
CORN.: « J'ai changé de couleur, je me suis écriée »
LA FONT.: « Plusieurs se sont trouvés qui, d'écharpe changeant, Aux dangers, ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue »
RAC.: « Vous vous troublez, madame, et changez de visage »
RAC.: « Pyrrhus m'a reconnu, mais sans de face »
VOLT.: « Il a de moeurs en changeant de fortune »
    Fig. et familièrement. Changer de batterie, recourir à de nouveaux moyens.
    Fig. Changer de note, de façon d'agir ou de parler.
MOL.: « Je te ferai de note, chien de philosophe enragé ! »
LA FONT.: « Leur ennemi changea de note, Sur la robe du dieu fit tomber une crotte : Le dieu, la secouant, jeta les oeufs à bas »
    Absolument, faire un troc.
LA FONT.: « Oh ! je ne saurais plus, dit-elle, y résister ; Changeons, ma soeur l'aragne »
    Terme de manége. Changer de main, porter la tête du cheval d'une main à l'autre, pour le faire aller à droite ou à gauche.
    Terme de marine. Changer d'amures, les prendre à l'autre bord lorsqu'on louvoie. Changer devant, derrière, virer vent devant, en faisant tourner toutes les voiles d'un mât ensemble.

 10   Elliptiquement, se dit pour de lieu.
LA FONT.: « Point de coup de balai qui l'oblige [l'araignée] à »
    Changer de linge, d'habits. Je suis trempé, il faut que je change. Il n'a pas de quoi .
SAINT-SIMON: « Le roi changeait devant le très peu de gens distingués qu'il plaisait au premier gentilhomme de la chambre de laisser entrer »
    Changer, v. n. dans les sens des nos 9 et 10, se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

 11   Devenir autre, éprouver un changement. Combien les moeurs ont changé. Tout change. Voyez comme les choses ont changé. Le vent venant à .
CORN.: « Mais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cieux Change selon les temps comme selon les lieux »
CORN.: « Nous ferons bien ce courage indompté »
BOSSUET: « L'Angleterre a tant changé, qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir »
BOSSUET: « Elle avait appris par ses malheurs à ne pas dans un si grand changement de son état »
MONTESQ.: « À Raguse, le chef de la république change tous les mois »
RAC.: « La fortune est changée »
RAC.: « Mais les temps sont changés aussi bien que les lieux »
RAC.: « Tandis que vous vivez, le sort qui toujours change Ne vous a pas promis un bonheur sans mélange »
    Fig. Changer du blanc au noir, devenir tout autre. On dit dans le même sens, du tout au tout.
    Le raisin change, il prend une autre couleur.
    Se corriger, et quelquefois se gâter, prendre une mauvaise conduite. Ce jeune homme a bien changé, c'est-à-dire sa conduite est devenue régulière, ou il est devenu bien mauvais sujet, si ce qui précède le représente comme ayant auparavant satisfait tout le monde.
    Prendre une autre apparence, en parlant des personnes.
SÉV.: « Comme ce jeune homme a grandi ; comme il est changé ! Il n'était point du tout changé [défiguré] »
FÉN.: « Vous n'êtes presque point changé [vieilli] depuis tant d'années »
    Être inconstant. Tâchez de ne pas . Je n'ai nullement changé. Cet homme aime à . Un amant jure de ne jamais .
CORN.: « Et qui change une fois peut tous les jours »
VERTOT: « Leurs alliés qui avaient changé avec la fortune »
    Changer, v. n. dans les sens du n° 11, se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand il s'agit d'une action, d'un fait : La fortune a changé en cette journée ; Cet homme a beaucoup changé par sa dernière maladie. Il se conjugue avec l'auxiliaire être, quand il s'agit d'un état : La fortune est changée depuis cette journée ; Cet homme est bien changé depuis sa maladie.

 12   Se , v. réfl. Être remplacé par, faire place à. Comme toute cette joie s'est promptement changée en deuil !

 13   Être converti en. Par le feu l'eau se change en vapeur.
RAC.: « Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé ? »

 14   Être modifié, devenir différent. Je ne puis me . Se en mal. Se en bien.
    Il faut se , se corriger.
BOSSUET: « On croit se convertir quand on se change, et quelquefois on ne fait que de vice »

 15   Changer de vêtements. Vous êtes bien mouillé, changez-vous.

PROVERBE Il faut qu'on l'ait changé en nourrice, se dit d'un enfant qui ne ressemble en rien à ses parents, et aussi d'une personne qui est dépourvue d'intelligence.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Roncisv. 91: Au deuil qu'il ot, [il] a la color changée
     Th. le mart. 39: Or quidout [cuidoit] qu'il fust tels cum il l'out ainz veü : Trestut esteit changiez ; Sainz Espris en lui fu
    XIIIème siècle
     Berte, XI: De la paeur qu'ele a, [elle] cuide le sens changier
     ib. XC: Bien [il] s'aperçoit coment Berte lui fut changie
BEAUMANOIR: « Mais il n'a pas tant de difference ès pois comme il a ès mesures, car il ne se changent pas en tant de liex »
    XVIème siècle
MONT.: « La peur change des roseaux en gentsdarmes »
MONT.: « Changer d'advis »
MONT.: « Changeray-je pas pour vous cette belle contexture des choses ? »
MONT.: « L. Cossitius, de femme changé en homme »
MONT.: « Changer de visage »
MONT.: « Il ne change, pour hyver et temps qu'il face, le mesme bonnet qu'il porte au couvert »
MONT.: « Le premier article, ce feut que chascun oit plustost la mort à la vie, que les loix persiennes aux leurs »
D'AUB.: « Si la cour ne changeoit point, elle auroit changé, nous n'en avons jamais veu ni leu autre chose »
AMYOT: « Ilz furent très contens de de place aux [avec les] Lacedaemoniens »
AMYOT: « Ainsi donques estoient les Grecs occupez à en diligence l'ordonnance de leur bataille »
AMYOT: « La fortune ne dure pas toujours une, ains va se changeant »
AMYOT: « Il feit aussi de maniere de vivre aux Arabes »
AMYOT: « Et leur ayans osté leurs bastons et leurs armes de soudards, furent bien aises de les à ceulx de gladiateurs »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. cheingeai ; picard, canger ; wallon, cangî ; anc. wallon, cambgier, chambger ; Berry et génev. sanger ; provenç. cambiar, camjar ; espagn. cambiar ; ital. cambiare ; bas-latin, cambiare, dérivé du latin cambire, formé du grec, courber, plier.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    CHANGER. - ÉTYM. Ajoutez : M. d'Arbois de Jubainville (Revue celtique, t. II, p. 128) remarque qu'il pourrait être à propos de dire que, suivant le glossaire gaulois publié par Endlicher, cambiare est gaulois, et que cette assertion du glossateur inconnu paraît justifiée par le verbe breton armoricain kemma, qui équivaut à cambiam.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Céder une chose pour une autre. "Il a changé sa vieille vaisselle pour de la neuve. Il a changé ses tableaux contre des meubles. Changer une pièce d'or pour de l'argent blanc, pour de la monnaie. Je ne veux pas avec lui."
Prov. et fig., "Changer son cheval borgne contre un aveugle," Changer, par méprise, une chose défectueuse contre une autre plus défectueuse encore.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se prend quelquefois dans le sens particulier de Changer des pièces de monnaie pour la même somme en pièces de valeur différente. "Changer un louis, une pièce de cinq francs, etc." On le dit de même en parlant Des billets de banque. "Changer un billet de cinq cents francs."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Remplacer un objet par un autre; Rendre une chose différente de ce qu'elle était. "Ne nous changez pas notre vin. Changer un enfant en nourrice. Il faudra cet ameublement. Il a changé son bien de nature. Changer sa manière de vivre. On a changé l'ordre. Il a changé tout son plan. Il a changé toute sa maison. Cet événement allait la face des affaires. Rien ne peut les lois de la nature. Cela ne change rien à mes résolutions."
Prov., "Il faut qu'il ait été changé en nourrice," se dit D'un enfant qui ne ressemble point à ses parents pour les traits, pour le caractère. On dit, dans le sens opposé, "Il n'a pas été changé en nourrice."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie également, Convertir, transmuer, métamorphoser une chose en une autre, et se dit tant au propre qu'au figuré. "Dans le sacrement de l'eucharistie, le pain est changé au corps de Notre-Seigneur. Aux noces de Cana," JÉSUS-CHRIST "changea l'eau en vin. La femme de Lot fut changée en une statue de sel. Daphné fut changée en laurier. Il se vantait de pouvoir toutes sortes de métaux en or. On changea les temples en églises. Cela change mes soupçons en certitude." On l'emploie aussi, dans ce sens, avec le pronom personnel. "L'eau se change en glace par l'action du froid. Mes soupçons se changèrent en certitude."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi neutre, et signifie alors, tant au propre qu'au figuré, Quitter une chose pour une autre. Dans ce sens, on l'emploie toujours avec la préposition "de. Changer d'habit, de chemise. Changer d'appartement, de place, d'air, de pays. Changer de maître. Changer de nature. Changer de forme. Vous avez changé de couleur. Cette étoffe change de couleur. À cette menace, il a changé de visage. Changer de façon de faire, de façon d'agir. Changer de vie, de conduite. Changer de religion. Changer de parti. Changer de résolution, d'avis. Changer de ton, de langage."
En termes de Manége, "Changer de main," Porter la tête du cheval d'une main à l'autre, pour le faire aller à droite ou à gauche.
Fig. et fam., "Changer de batterie," Se servir de quelque nouveau moyen dans une affaire, le premier n'ayant pas réussi.
Prov. et fig., "Changer de note," Changer de façon d'agir ou de parler.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, elliptiquement, Changer de linge, lorsqu'on est mouillé par la pluie ou la sueur. "Je suis rentré chez moi pour ." On dit de même, activement, "Changer quelqu'un," Changer le linge qu'il a sur lui. "Ce malade a assez transpiré, il est temps de le . Il faut cet enfant."
Il s'emploie aussi d'une manière absolue, dans le sens de Changer d'état. "Rien n'est stable en ce monde, tout change. Le temps va . Il dégèlera si le vent change. Son visage a bien changé. Les modes changent rapidement. Vos sentiments ont bien changé, sont bien changés. Comme tout est changé!"
Il signifie figurément, Changer de moeurs, de caractère. "Changer en bien. Changer en mal. S'il est honnête homme, il a bien changé. Ce jeune homme est changé à son avantage." On l'emploie quelquefois, dans ce sens, avec le pronom personnel. "Tel est mon caractère, je ne saurais me ."
"Changer du tout au tout, du blanc au noir," Changer entièrement.
"Cet homme est changé, bien changé, change à ne pas le reconnaître," Il a le visage bien changé, soit par l'âge, soit par la maladie; ou, figurément, Il a changé entièrement de moeurs et de conduite. Dans le premier sens, on dit aussi, "Il change à vue d'oeil."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore De l'inconstance dans les projets, les goûts, les affections. "C'est un homme qui change aisément, on ne peut se fier à lui. Aimer à . Un amant jure de ne jamais . Le perfide a changé."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Chanjé;" 1re lon. 2e "é" fer.] Je "change", je "changeois", je "changeai", tu "changeas", il "changea". etc. L'"e" devant l'"o" et l'"a", est muet: il n'est là que pour doner au "g" un son doux qu'il n'a pas devant l'"o" et l' "a".
- Se défaire d'une chôse pour en prendre une à la place. "Changer ses" tableaux "contre" des meubles";" " sa" vieille vaisselle "pour" de la neuve.
   "Rem." 1°. "Changer" et "échanger", ne signifient pas tout-à-fait la même chose. On dit, par exemple, "changer" un écu, "changer" une garnison";" mais on dit, "échanger" des prisoniers, "échanger" des Places, c. à. d., "les é pour" d'aûtres prisoniers, pour d'aûtres Places.
   "Rem." 2°. Plusieurs Auteurs ont doné, à "changer", pour 2d régime, la prép. "à" (le datif.) 'Je ne voudrois pas " mon" destin au leur. "D' Ablancourt".
   Quel Dieu peut renoncer au droit de tous les Dieux?
   Et qui peut, "à" la terre, "avoir changé les" Cieux?
       Brébeuf.
  Peut-être, avant la nuit, l'heureûse Bérénice,
  "Change" le nom de Reine "au" nom d'Impératrice.
      Racine.
On aurait dû dire en prôse: "Change le" nom de Reine "en" celui d'Impératrice; mais cela n'acomodait pas les Poètes, ni même le Prosateur cité.
- L'"Acad." met un exemple qui paraît les autoriser. 'Dans le Sacrement de l'Eucharistie, le pain "est changé au" Corps de Notre-Seigneur: mais c'est une phrâse consacrée, et qui ne fait pas loi pour le langage commun. "D'Oliv."
- Avec "rien" on met aussi la prép. "à", mais c'est dans un aûtre sens, et sans conséquence pour d' aûtres mots: 'La vûe de la flote Portugaise "ne changea rien à" l'ardeur que la ville de Brava marquoit pour se défendre.
   "Rem." 3°. * "Corneille" a dit, "changer" des "persones", pour "faire ".
   Oui, l'honeur qu'il me rend ne fait que m'outrager;
   Je vous le dis encor: rien "ne peut me ".
       Pertharite.
  CHANGER est aussi neutre. Il se dit, et dans le "propre", et dans le "figuré", ou avec la prép. "de:" "Changer d'"habit, "de" chemise, "de" logis, "de" place; " de" résolution, "d'"avis, "de" sentiment, "d'"opinion; " de" vie, "de" langage, "de" couleur, "de" visage, etc.; ou absolument et sans régime: 'Le vent "change", le temps "a changé;" tout "change" dans ce monde.
   "Rem." 1°. "Changer" ne s'emploie plus au réciproque. On ne dit plus, "se ;" on dit, "changer", neutre. 'Toutes les fois que je me représente le visage de l'une ou de l'aûtre, il m'est avis que celui de ma fortune "se change". Voit. On dirait aujourd'hui, que celui de ma fortune "change". Ainsi, l'on dit de quelqu'un qui montre sur son visage le trouble ocasioné par quelque discours, par quelque évènement, qu'il "change de visage", et non pas, que son visage "se change".
- * "Se ", dit le "Rich. Port.", d'air et de manières, prendre un autre air. Au figuré, se convertir. Cela n'est pas de l'usage actuel: on dit, "être changé", ou, "changer".
   "Rem." 2°. * En certaines Provinces, on dit, "se ", pour, " de" chemise, "de" linge. C' est un barbarisme. 'Je demandai une chemise pour "me ". Anon. Je ne sais de quelle Province est cet Auteur.
- 'Il se démène, se met en nage, en répétant cette maudite casaque: on est obligé de le recoifer d'heure en heure, et même de "le de chemise". Th. d'Éduc. C'est comme il faut dire, et non pas, "le ", tout seul.
   On dit figurément, dans le style familier, " de note", c. à. d., de conduite, ou de langage; " de baterie", prendre d'aûtres moyens.
- "Changer son cheval borgne contre un aveugle;" une chôse qui n'est pas bone contre une plus mauvaise.




Emplacement dans le dictionnaire :

chanée
chanfrein
chanfreiner
chanfrer
changé
change
changeable
changeant
changement

changeur
chanoine
chanoinesse
chanoinie
chanson
chansonné
chansonner
chansonnette
chansonnier
chant
chant royal




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...étaient dans cette cale, de toutes ces bobines de cordes sur des étagères, -sans déplacer cet habit de plongeur qui devait être là pendu derrière lui, avec ses gros yeux et son visage de morse ; ni changer cette odeur de rat, de moisissure et de goudron. Il sentait toujours ce froid, si profond, que c'était comme une douleur jusque dans ses os ; alors il comprit que ses vêtements étaient mouillés et...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...ses épaules et ses bras, on lui mit des vêtements secs et on le recoucha en plaçant sous sa tête un sac pour qu'il pût mieux dormir. Quand il leur dit merci, un bon sourire, le premier, vint changer toute sa figure. C'était la fin ; son coeur était amolli et redevenu lui-même. Aujourd'hui, cela n'avait pas été bien long. Il sentait un attendrissement infini en songeant à sa mère, et une envie...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...de certaines choses, de tout temps connues, arrive à nous leurrer sur notre propre stabilité, sur notre propre durée ; en les voyant demeurer les mêmes, il nous semble que nous ne pouvons pas changer ni cesser d'être. - je ne trouve pas d'autre explication à cette sorte de sentiment presque fétichiste. Et quand je songe pourtant, mon dieu, que ces pierres-là sont quelconques, en somme, et...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...nuit, avec ce beau sourire qui semblait si franc, et de prendre cette voix douce pour lui faire des confidences comme à une fiancée ? à présent elle était incapable de s'attacher à un autre et de changer. Dans ce même pays, autrefois, quand elle était tout à fait une enfant, on avait coutume de lui dire pour la gronder qu'elle était une mauvaise petite, entêtée dans ses idées comme aucune autre ;...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...vite ; elle eût donné je ne sais quoi pour être cachée dans les touffes d'ajoncs, disparue dans quelque trou des fouines. Du reste, lui aussi avait fait un mouvement de recul, comme pour essayer de changer de route. Mais c'était trop tard : ils se croisèrent dans l'étroit chemin. Lui, pour ne pas la frôler, se rangea contre le talus, d'un bond de côté comme un cheval ombrageux qui se dérobe, en la...


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